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De la notion de scandale

novembre 2018

L’épisode médiatique récent autour de la désinfection des sondes d’échographie endocavitaire offre une opportunité de réfléchir à la notion de scandale dans le sanitaire. La vague médiatique initiale portait la notion de scandale et son reflux, à l’opposé, a parlé de faux scandale avec la même conviction et sincérité je pense.

Si on se réfère à notre sacro-saint Larousse on trouve à propos du scandale : « Fait qui heurte la conscience, le bon sens, la morale, suscite l’émotion, la révolte ». Dans l’acception usuelle du terme en santé il s’agit d’une situation où l’on découvre un nombre significatif de victimes associées à une pratique médicale donnée et où l’on cherche, dans un climat souvent hostile, à trouver des personnes qui pourraient en être considérées comme responsable. C’est évidemment une réaction naturelle dans l’opinion publique et l’on s’y prête aussi pour les thèmes dont nous ne sommes pas spécialistes. Toutefois, cette approche reste à l’opposé de ce qu’est et de ce que doit être la sécurité des soins à savoir un système qui assure une sécurité a priori et qui en cas de problème propose une approche bienveillante et utile de la recherche des causes pour faire progresser le système.

Aussi, il faut comprendre que pour un spécialiste de la prévention du risque infectieux le caractère scandaleux se conçoit de façon différente. Pour nous, il concerne une situation où les connaissances scientifiques permettent de penser que le niveau de sécurité associé à un acte ne propose plus la marge de sécurité suffisante pour être presque certain d’éviter les infections et où le système n’évolue pas alors qu’il en a la possibilité. En fait, il s’agit de la même indignation que celle du grand public mais en amont de l’histoire dramatique. Évidemment, lorsque les victimes sont identifiables le caractère scandaleux est indiscutable. En revanche, lorsque l’on essaie simplement d’éviter une telle situation il y a toujours des incertitudes sur ce qu’il adviendrait vraiment si l’on ne faisait rien. Le pire reste heureusement très rare, même en situation défavorable, mais oser essayer de garantir le meilleur est notre raison d’être. Ce n’est jamais la posture la plus simple à tenir mais les spécialistes de la prévention ont pour eux la ténacité et la notion du temps long. On sait que l’on perdra des batailles mais notre objectif reste de gagner la guerre.

Rappelons aussi que la décision d’élargir la couverture vaccinale prise par notre Ministre de la santé actuelle est probablement la plus importante mesure de santé publique décidée en France depuis la loi de Madame Veil sur l’interruption volontaire de grossesse. Ces deux décisions fortes ont en commun de porter une vision de bénéfices à moyen et à long terme, d’aller au moment de leur proposition à l’encontre de la pensée majoritaire et d’exposer donc celles qui les portent à des critiques injustes propres à la vision restrictive du temps court. Évidemment, nous n’avons pas la prétention de révolutionner autant la santé dans notre pays, mais profitions donc de ce climat porteur pour la prévention pour faire avancer encore la sécurité des soins en France.

Pierre Parneix

Président de la SF2H

 

 

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