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L’anti bad buzz : un combat quotidien que mène la SF2H

février 2018

Avant même que nos nouvelles recommandations sur l’hygiène des mains ne soient diffusées, voilà l’occasion d’utiliser le chapitre sur la lutte contre le bad buzz que le Conseil scientifique de la S2FH a souhaité y inclure.

Merveille des merveilles, nous voilà aujourd’hui face aux retombées d’un article australien accessible sur la plateforme BioRxiv en vue d’une publication dans la revue en open access Biology. Pour ceux qui se demandent ce qu’est BioRxiv, c’est une plateforme lancée en novembre 2013 qui permet de rendre publique des articles non encore relus par des comités de lecture puisque la plateforme vérifie juste l’absence de plagiat avant de les dispatcher à l’une des 52 revues associées au projet et choisie pour leur soumission par leurs auteurs. Donc ici on atteint un niveau d’évaluation scientifique préalable avant mise en ligne de zéro. Quand on sait que cette plateforme reçoit chaque mois plus de 1 000 articles dits scientifiques, la lutte contre la bad buzz deviendra bientôt une mesure de santé publique. D’ailleurs la SF2H a récemment proposé ses services au Ministère de la Santé dans ce domaine qui inquiètent nos dirigeants actuels.

Revenons donc à la pépite du jour intitulée : « Increasing tolerance of hospital Enterococcus faecium to hand-wash alcohols » dont rien que la fin du titre, sur le lavage des mains à l’alcool, montre qu’aucun de nos collègues de prévention de l’infection n’y a collaboré, ce qui est effectivement le cas lorsqu’on passe en revue la liste des auteurs. Mais là c’est plutôt une bonne nouvelle.

Comme dans tout bon bad buzz la presse s’est faite écho de cette « publication » et Science et avenir a titré : « Des bactéries résistantes aux gels hydro-alcooliques ! » avec l’interview d’un médecin de notre Institut Pasteur expliquant pourquoi il avait sélectionné ce papier pour leur congrès du mois de mars prochain. On devrait donc continuer à en entendre parler. Il est d’ailleurs intéressant de voir que les médias grand public affichent plus de retenue que les scientifiques et Le Parisien n’a pas oublié le point d’interrogation dans son : « Et si les bactéries n’avaient plus peur des gels hydroalcooliques ? ».  L’article finit même par un message positif du même médecin interviewé incitant à ne pas rejeter les SHA. Et c’est à mon avis une forme de traitement médiatique encourageante qui traduit une évolution positive.

Evidemment, toute donnée expérimentale est utile à étudier à condition de ne pas en tirer des conclusions hardies pour les patients de demain et dangereuses pour les patients d’aujourd’hui. Si elle arrive à terme cette publication viendra grossir les rangs de ces travaux ésotériques comme cette publication britannique de 2007 où les auteurs identifiaient une « pousse optimale » de Pseudomonas aeruginosa en présence d’une concentration de 1% de la malheureuse SHA testée…

Après, la tolérance des bactéries à l’alcool est quelque chose de connue sur le plan scientifique et elle est même recherchée depuis longtemps dans l’industrie pétrolière où des bactéries sont sélectionnées pour participer à la biocatalyse lors de la production de carburant. Récemment des chercheurs Belges et sud-africains ont réussi, au prix d’effort expérimentaux majeurs, à obtenir des souches d’ E. coli tolérante à 6,5% d’éthanol. Mais bon la marge jusqu’à 80% est immense et rien ne dit qu’un jour cela pourra exister ni que la bactérie, qui aurait muté à l’extrême pour modifier sa paroi à cette fin, serait tout simplement viable. Je vous rassure personne n’a cette ambition dans la pétrochimie.

Mais revenons à notre bad buzz du jour. Si vous lisez l’article australien il vous faudra attente la ligne 331 pour lire : « In preliminary experiments, various concentrations of alcohol and Efm inoculum sizes were assessed. At ‘full strength’ isopropanol (70%), killing was complete and resulted in greater than 8 log10 reductions in broth culture and an inability to detect differences between isolates.”. Donc en clair aucune des souches testées n’était résistante à une concentration d’alcool que l’on peut trouver dans une solution hydro alcoolique. Et avec 8 log d’efficacité on est même au moins mille de fois plus sensible que l’exigence normative qui par principe mime des conditions extrêmes que l’on pense ne jamais devoir être rencontrées dans la réalité. Le « à pleine puissance » utilisé par les auteurs pour décrire la concentration normale en alcool, est assez drôle à lire d’ailleurs.

En fait c’est avec une concentration en isopropanol de 23% que les auteurs ont commencé à observer ce qu’ils appellent une évolution de sensibilité au fil des années des souches d’E. faecium testées. Et c’est de là qu’on nous annonce l’existence d’une résistance aux SHA. Pour les amateurs de voitures c’est donc comme si vous testiez une Ferrari Testarossa mais que vous décidiez de brider ses 380 chevaux à 130 ce qui vous donnerait un déjà très intéressant Peugeot SUV 3008. Toutefois, après l’avoir fait tester à des pilotes cette Ferrari mode 130 chevaux, vous seriez en droit d’écrire : « Ferrari : en perte de vitesse !!! ». La probabilité que votre papier soit accepté dans une revue automobile me parait proche de zéro mais par contre n’hésitez pas à tenter votre chance dans une des revues scientifiques en lignes modernes et payantes, ça pourrait le faire !

 

Pierre Parneix

Président de la SF2H

Addendum : Il faut noter de façon positive que le 27 février 2018, le journaliste Hugo Jalinière, a actualisé son article pour y intégrer le point de vue différent de la SF2H.

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