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Sondes d’échographie endocavitaire : on en parle !

octobre 2018

La décharge d’adrénaline médiatique récente a remis le dossier de la désinfection des sondes endocavitaires sous les feux de l’actualité. La SF2H, par le biais de mon prédécesseur Philippe Berthelot, avait alerté les autorités sanitaires en janvier 2013 sur la nécessité de revoir les recommandations françaises au vue de l’évolution des connaissances scientifiques. La lente maturation de ce processus a abouti à une lettre de mission que m’a confiée Madame Marisol Touraine, en tant que Président de la SF2H, en avril 2018 pour mettre en place les conditions de passage à une désinfection de niveau intermédiaire. Un groupe national pluriprofessionnel a été mis en place et il s’est réuni de septembre 2017 à mai 2018 où il a conclu ses travaux par une large concertation finale permettant d’optimiser sa proposition. Celle-ci a fait l’objet d’un rapport que j’ai remis à Madame Agnès Buzyn fin juin 2018. Le principe de la démarche et ses échéances futures sont décrites sur le site du Ministère.

Il faut souligner que l’ensemble des disciplines concernées par ces actes a montré une volonté affirmée de continuer à améliorer le niveau de sécurité de leurs pratiques. Il y a eu évidemment des débats d’idées, parfois intenses, mais sans remise en question de la finalité de protection des patients qui sont ici majoritairement des patientes. Ce n’est pas toujours le cas autour du risque infectieux et cela mérite d’être souligné. D’ailleurs la proposition du groupe est très voisine des recommandations de la société européenne de radiologie de 2017 qui dans ce domaine a donc été plus précurseur que les spécialistes de la prévention que nous sommes.

Si la médiatisation est processus vital pour une démocratie elle peut par contre avoir des aléas qu’il faut accepter mais essayer de corriger. Sur des sujets de ce type il peut y avoir l’inquiétude des patients qui pourrait les conduire à tort à se priver d’un examen très important pour leur suivi médical ou obstétrical. Ce phénomène a semblé peu marqué sur les médias sociaux mais il est important de rappeler que le risque infectieux associé aux pratiques d’échographie endocavitaire est très faible au vu des cas identifiés dans le monde.

Alors pourquoi faire évoluer nos pratiques ? Tout d’abord parce que les connaissances évoluent et la découverte de l’américain Craig Meiers sur la résistance accrue aux désinfectants des papillomavirus oncogènes ne peut être négligée. Il montre en effet que les désinfectants oxydants sont ceux qui ont la meilleure efficacité sur ces virus et nous devons en tenir compte dans nos recommandations. Même si le risque clinique n’est pas aujourd’hui démontrable, de par la large diffusion humaine de ces virus, leur transmission lors de soins n’en est pas pour autant acceptable. Le principe de sécurité consiste a toujours proposer les stratégies les plus sûres chaque fois que leur mise en œuvre ne risque pas d’entrainer, pour des raisons de coût par exemple, une baisse de l’offre de soins et donc des délais de prise en charge trop longs pour les patients.

Même si ce n’était pas le cas au sein du groupe national, les débats sur les réseaux sociaux démontrent que la culture de sécurité reste assez faible dans le milieu de la santé et les différentes mesures effectuées ces dernières années avec des outils standardisés le démontrent. Il ne viendrait à personne de réclamer une Caravelle pour effectuer un voyage. Pourtant cet avion utilisé de 1961 à 1981 affiche un taux d’accidents de 5.5 pour 1 million de vol ce qui est un niveau de sécurité remarquable. Evidemment, ceux qui y sont montés se souviennent des délicieuses sensations de ses passages dans les fameux trous d’air qui avaient un caractère un rien anxiogène. Toutefois, avec les avions d’aujourd’hui, le taux d’accident a été réduit à 1 pour 1 million et l’objectif d’une compagnie comme la Lufthansa est de 1 pour 10 millions avec son corollaire de mesures préventives comme une formation en simulateur des pilotes au moins trimestrielle. Il ne viendrait à personne l’idée de trouver cet objectif inapproprié. Le principe fondateur de la sécurité reste d’anticiper les futurs risques, même faibles, plutôt que d’avoir un jour à compter les victimes. L’innovation technologique reste en aviation le pilier de l’amélioration de la sécurité. En prévention du risque infectieux il doit en aller de même et il faut espérer une recherche et développement industriels dynamiques pour accompagner nos objectifs.

C’est le cas ici puisque deux procédés automatisés existent et ont validé leur efficacité sur le HPV. Bien entendu ils ont un coût que l’on ne peut négliger. Mais on peut faire le parallèle avec les endoscopes qui il y a 20 ans étaient tous traités manuellement. Aujourd’hui, et sans que cela n’ait aucun caractère obligatoire, ils passent presque tous en machine car les utilisateurs y ont vu nettement plus de bénéfices que de contraintes. Certes, une sonde est un dispositif beaucoup moins complexe, ce qui justifie la possibilité d’une désinfection manuelle par lingettes, mais pour autant les études montrent que les poignées sont plus souvent omises par un opérateur humain. D’ailleurs le moteur de la proposition de changement reste que les recommandations actuelles sont trop complexes et appliquées avec difficulté car inadaptées aux contraintes de la pratique clinique comme l’a démontré l’étude du GREPHH. Alors certes les autres pays du monde ne font pas mieux que nous en terme de pratiques mais cela ne justifie pas que nous n’ayons pas des ambitions supérieures.

L’usage de lingettes désinfectantes est une option pour atteindre un niveau de désinfection intermédiaire à condition qu’elle soit virucide dans les conditions d’utilisation. On sait que ce sont les produits oxydants qui le permettent au mieux et nous avons désormais à notre disposition des produits de ce type avec une gamme de prix permettant à chacun leur usage. Là encore l’innovation technologique n’est pas à décrier et la SF2H ne peut que se réjouir de voir des produits permettant d’évaluer visuellement l’imprégnation d’une lingette en produit désinfectant puisque c’est une des faiblesses de ces produits que nous avions soulignée par le passé. Tout progrès a du sens et si on ne peut le généraliser aujourd’hui cela sera sûrement possible demain. La normalisation évolue aussi et c’est de notre devoir de spécialiste du risque infectieux de faire connaitre et utiliser les normes les plus récentes comme la norme EN16615 (norme spécifique pour les lingettes désinfectantes utilisées dans le domaine médical – essais de phase 2 étape 2).

Evidemment le risque infectieux ne se réduit pas à la gestion de la sonde et la maitrise de la gestuelle et de l’environnement sont encore plus importants. C’est pourquoi le groupe a insisté sur les aspects de formation des praticiens en particulier via l’usage de la simulation.

Même si ce dossier a été de gestation lente en France son aboutissement doit à la fois à la ténacité des associations de patients, qui ont été les premiers à se poser des questions, mais aussi à l’engagement des disciplines médicales concernées qui ont à cœur d’offrir le meilleur niveau de protection à leurs patients. Faire évoluer les recommandations en fonction des connaissances et des évolutions technologiques n’en est que la naturelle résultante.

Nous attendons maintenant la concrétisation officielle de cette démarche par le Ministère de la santé mais je tiens à remercier tous les professionnels qui ont contribué à cette démarche avec une vraie volonté d’avancer et c’est surement, pour les patients, le plus rassurant.

Pierre Parneix

Président de la SF2H

 

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